Ray Lema , la roue rythmique

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Ray Lema , la roue rythmique

Ray Lema , la roue rythmique

PAR PATRICE VAN EERSEL

Nous sommes physiquement coupés du sens. Un grand musicien noir, à l’expérience exemplaire dont nous racontons l’histoire, nous dit comment cela se sent dans notre mouvement. Et notre danse.

Né en 1946 en pleine gare de Lufu-Toto, dans ce qui était encore le Congo belge, Ray Lema a grandi dans la grande ville de Kinshasa, un pied dans le monde africain, un pied dans le monde occidental. A onze ans, élève chez les pères blancs, il donne son premier concert : la Sonate au clair de lune de Beethoven. Les pères le trouvent si doué qu’ils lui offrent un régime spécial : au lieu de suivre les cours comme les autres, il pourra jouer de l’orgue autant qu’il voudra. Le voilà toute la journée plongé dans Bach. Il veut devenir prêtre… et devient musicien. Il joue dans les groupes à la mode de la capitale zaïroise, en particulier dans celui du célèbre Tabu Ley. Peu à peu, sa réputation se forge : au Zaïre, il devient « I’intello » des musiciens. Celui qui gamberge tellement que sa tête chauffe. Attention, parfois on dirait presque un blanc ! Mais on ne se moque pas, on admire.

Un jour, en 1974, « I’intello » est convoqué en haut lieu pour une mission de la plus haute importance. Dans les nations jeunes du Tiers-Monde, l’orchestre national est une entité importante, un symbole d’union. En Afrique, c’est même un instrument politique essentiel. Mais, au Zaïre, il y a un os : le pays est si grand, les tribus si éclatées et différentes qu’elles ne parviennent pas à jouer ensemble. Or, c’est précisément cela que l’on attend de cet orchestre : que plusieurs centaines de musiciens (et de danseurs) venus des quatre coins du pays jouent dans la même formation. Plusieurs chefs d’orchestre s’y sont déjà cassé le nez : rien à faire. En dernier recours, c’est donc à Rey Lema que le pouvoir fait appel.

Et Ray, comme les autres, commence par échouer. Chaque fois qu’il essaie de faire jouer ces citoyens ensemble, il y en a forcément un qui vient se plaindre : « Ça ne va pas, chef, il joue faux celui-là ! » Au bout de quelques semaines, Ray comprend qu’il n’y arrivera pas. Leurs rythmes, leurs manières de jouer, bien qu’apparemment proches, sont organisés de telle sorte qu’il se trouve à son tour incapable de les diriger. Il faut trouver un truc, mais quoi ? Et bientôt une évidence s’impose à lui, assez vertigineuse : la seule solution serait qu’il aille sur place, dans la brousse, et jusqu’au fond de la profonde forêt où vivent les pygmées, pour y chercher des musiciens, mais surtout pour y apprendre à jouer les rythmes lui-même.

Commence alors un long voyage initiatique.

Ray Lema découvre d’abord que chaque village a sa « signature » rythmique. A l’évidence, celle-ci est systématiquement constituée, à la base, par le croisement de deux rythmes différents, très rapides, joués sur des percussions par des « petits », c’est-à-dire des enfants ou des adolescents – « car les enfants sont bavards et doivent se muscler ». Ce jeu rythmique – dont le résultat est un battement d’interférences – résonne le plus clair du temps dans l’espace du village, par-delà la forêt et les champs, avec des moments creux dans la journée et des moments forts, chaque fois notamment qu’a lieu une fête, une cérémonie. Quand on joue de cette musique, les gens disent simplement : « Ça tourne » ; mais si Ray leur fait écouter un morceau de musique moderne, il y a toutes les chances qu’ils fassent une grimace : « Ça ne tourne pas ! » Ray se demande ce que cela signifie : qu’est-ce qui « ne tourne pas » ?

Il découvre que dans le village, chacun, du plus petit gamin à la plus vieille grand-mère, a sa façon propre d’entrer dans ce jeu rythmique – le plus souvent en cognant contre un tambour, un tronc d’arbre creux, une boîte quelconque, en claquant de la langue, des doigts, ou en jouant de quelque autre instrument, à corde notamment, petites guimbardes résonnant dans la nuit très noire jusqu’au sommet des arbres géants. Comme si les deux « petits », qui donnent sa base au jeu rythmique, faisaient tourner une gigantesque corde à sauter et que tout le village s’amusait à sauter dans cette corde, chacun à son rythme propre, c’est-à-dire suivant son humeur, sa personnalité, son âge… « Suivant l’âge de son âme ! dit Ray ; plus l’âme est jeune, plus elle saute vite dans la corde. » Les vieux maîtres du village ne sautent, c’est-à-dire ne frappent sur leurs tambours qu’un coup sur dix, ou sur quinze, ou sur cent…

Et, peu à peu, Ray bascule dans un monde qu’il ne soupçonnait pas. Un monde purement acoustique. Quand la nuit tombe et qu’il fait si sombre dans la forêt qu’on ne distingue plus ses propres mains, même en écarquillant les yeux, cela l’impressionne parfois terriblement : car les villageois semblent voir dans le noir et se reconnaître les uns les autres, de loin, rien qu’à la façon dont ils interviennent dans le faisceau rythmique. Mieux : à la façon dont tel ou tel joue, les autres, à distance, vous disent : « Il est fatigué aujourd’hui », ou : « Elle m’a l’air en colère », ou encore : « Quelle forme il tient, Machin ? Quelle blague nous a-t-il encore mijotée ? »

Ce qui frappe peut-être le plus l’Africain de la grande ville dans les pratiques rythmiques de la forêt, c’est combien elles interdisent le baratin, le mensonge social. Vous êtes qui vous êtes, votre rythme le dit, impossible de frimer. Si vous tentez de jouer un rythme qui ne vous correspond pas, en particulier s’il est trop sophistiqué pour vous (les ados s’y essayent tous un jour ou l’autre), eh bien vous ne tiendrez pas une nuit durant. Car ces gens-Ià jouent, au sens propre, des nuits durant ! Et Ray lui-même, pourtant entraîné, se casse souvent la figure au début. Jusqu’à ce qu’un jour un vieux lui dise : « Mais dis-donc, on dirait que tes mains sont devenues sèches ! Désormais, elles vont savoir faire parler le tambour ! » Honneur suprême. Pour ces gens-Ià, nous tous qui n’avons pas l’habitude de taper sur des tam-tam pendant des heures (et même nos batteurs modernes), nous avons les mains « mouillées ».

Bref, Ray a passé une première épreuve de la connaissance des secrets de la forêt.

Les vieux maîtres lui parlent davantage. Eux jouent les rythmes les plus lents, les plus sophistiqués justement. Mais ils peuvent aussi jouer tres vite, pour accompagner un plus jeune. Pour l’imiter, ou pour se moquer de lui. Les vieux maîtres savent jouer « à la manière de » n’importe lequel des villageois. Et quand un jeune fait trop le malin et se pavane par exemple devant les filles, ils savent aussi le taquiner et « couper » son rythme de telle sorte que le malheureux ait beau s’esquinter sur son tam-tam, personne ne l’entende.

Mais le pouvoir des vieux maîtres-tambour va beaucoup plus loin. Ils savent comment atteindre telle ou telle partie du corps de telle ou telle personne en train de danser au milieu de la place du village. Et redresser une épaule. Atteindre un estomac. Ou capturer un corps, pour libérer son esprit, et le mettre en transe. Les mois passent. Ray visite, une à une, près de deux cent cinquante ethnies différentes. Et voilà qu’il se met à conceptualiser toutes ces découvertes ; à comprendre par exemple pourquoi un vieux maître tambour à qui il venait de faire écouter du Miles Davis et du John Coltrane, avait ronchonné : « Ils sont drôlement doués ces petits, pourquoi ne leur donne-t-on pas un maître ?

– Comment ? s’était exclamé Ray, mais que trouves-tu à redire à cette musique ?

– Tu n’entends donc pas, avait répondu le vieux, ça ne tourne pas ! »

Même le jazz ! Maintenant « I’intello » des musiciens de Kinshasa commence à comprendre : ce qui « tourne » ou « ne tourne pas », c’est une sorte de roue, – du moins visualise-t-il la chose ainsi. Une roue dans laquelle rebondissent les différents rythmes du village. Une roue qui est à la fois extérieure, englobant tous ces rythmes, et intérieure à chaque individu, courant dans son ventre, l’aspirant au-dehors jusqu’aux limites de son être réel, et le reliant aux autres dans un même mouvement. A la fin, les visualisations de Ray deviennent si claires qu’il parvient à les dessiner sous forme de roues géométriques. Et ça marche ! Muni de cet outil, il parvient enfin à expliquer à des centaines de musiciens venus de toutes les tribus comment jouer ensemble…

Et c’est ainsi qu’il fonde le « Ballet national du Zaïre ». Grand moment de gloire pour « l’intello », dont s’empare bientôt une idée fixe : cette roue rythmique extraordinaire, il veut l’importer dans le monde moderne ! Car la forêt, tôt ou tard, va mourir. Et l’on a beau énormément danser dans les grandes villes africaines, et savoir faire son marché en balançant son corps de façon chaloupée, les secrets de la forêt vont irrémédiablement se perdre. Voilà pourquoi, vers 1976, on retrouve Ray Lema de l’autre côté du gigantesque fleuve, à Brazzaville, capitale du Congo, où il dirige une drôle de petite communauté baptisée « la Tribu du Verseau ». Arts martiaux, méditation, techniques empruntées à toutes les grandes traditions, et au centre : une pratique quotidienne de la roue. Ray fait des expériences. Comme un fou. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais il est trop pressé, trop autoritaire. Surcomprimés, les disciples de la communauté explosent.

Ray se trouve à la dérive…

Pendant ce temps, la création du Ballet national du Zaïre est remarquée à l’étranger, jusqu’à New York, où la fondation Rockfeller invite Ray à venir passer un an aux États-Unis, tous frais payés. Le musicien zaïrois est ravi.

Il pense qu’il va pouvoir expliquer ses découvertes et offrir au monde le plus beau cadeau de l’Afrique : comment réguler toute une société musicalement ! Dans les villages zaïrois qu’il a connus, la roue rythmique institue un véritable ordre social. Elle permet aux gens de se reconnaître, de se comparer, de se jauger, de se soigner, de prier, de voyager hors de son corps… tout ça par les rythmes, et avec un raffinement inouï.

Hélas l’Amérique, qui l’a si bien accueilli, se comporte avec lui comme avec un bon sauvage, et ne l’écoute pas. Ce sont plutôt eux, les jazzmen, qui prétendent enseigner la musique à ce brave-garçon de la brousse ! Il faut dire que, lorsque Ray met sur une platine de grand studio américain l’un des 33 tours enregistrés à la hâte au Zaïre, le résultat est très démoralisant. Le fondateur du Ballet national du Zaïre comprend alors qu’il lui faut percer un autre genre de grand secret : celui de la technologie des studios modernes, du son digitalisé. Aidé par quelques blancs, dont Jean-François Bizot d’Actuel, puis Chris Blackwell d’Island, il entame, en 1983, à Paris (où il vit avec sa femme Carol et ses trois enfants), une nouvelle longue marche, qu’il n’a pas encore achevée.

J’ai passé de nombreuses dizaines d’heures à discuter avec Ray. Extraits d’une de nos dernières discussions :

Ray éclate de rire : « Ça fait vingt-cinq ans que je fais danser des blancs ! Et crois- moi, quand tu fais danser des gens, il ne te faut pas longtemps pour voir à qui tu as à faire ! » De sa main effilée, le musicien fait le geste de s’arracher un masque. Ses doigts claquent dans le vide puis se reposent tranquillement sur le bord de la table.

– « Tu veux dire qu’au fond nous dansons mal…

– Ah mais vraiment, rien à voir avec la technique ! »

La voix du black claque comme un tissu au grand vent :

« Non, rien à voir avec la technique. Je connais des blancs, enfin, je veux dire des Occidentaux – parce que ce mal menace toutes les races ! – qui, techniquement, ne dansent pas mal du tout. Mais rarissimes sont ceux qui ne te donnent pas l’impression d’être complètement coupés.

– Coupés ?

– Coupés du monde. Coupés des autres. Coupés de tout ! Je crois que c’est le prix terrible qu’ils ont payé pour inventer l’individualisme, c’est-à-dire l’ère moderne. Et quand tu les fais danser, je t’assure que ça saute aux yeux : les blancs sont totalement coupés les uns des autres. Ils dansent chacun pour soi. Même quand ils sont deux !

– Excuse-moi, mais quand je danse le slow, ou même le rock d’ailleurs, le vrai rock, eh bien…

– Mais non, je t’assure… (il a un sourire d’un kilomètre de large). Il s’agit de quelque chose de… comment dire ? de très objectif. Et nous, Africains, nous mettons énormément de temps à réaliser que, cette chose, vous ne la voyez pas, vous ne la sentez pas. Ma position de musicien m’a un peu aidé à voir plus clair là-dedans. Imagine des gens qui diraient raffoler du surf, mais qui ne verraient pas les vagues ! Ils seraient là, dans l’eau à essayer de grimper sur leurs planches, mais chaque fois qu’une belle vague arriverait, ils ne la verraient pas. Et plaf ! ils la prendraient sur la tronche. Parfois, tout à fait par hasard, l’un d’eux saurait en prendre une au bon moment – et alors ZZZZZZZ ! il ferait enfin du vrai surf, et il crierait à la grâce divine et au « miracle » ! Et, à coup sûr, il écrirait un essai là-dessus ! Mais la plupart barboterait en désordre, chacun dans son coin ! »

De nouveau son rire tonitruant éclate dans la nuit, puis il reprend : « Eh bien je t’assure, c’est e-xa-cte-ment l’impression que tu as quand tu fais danser des blancs. Comme si, pour gagner leurs indépendances individuelles, ces humains-Ià s’étaient mutilés de tout ce qui les liait au monde. Coupés les ailes ! Et là, pendant la danse, leurs mutilations apparaîtraient tout d’un coup au grand jour. Béantes ! Quelquefois, je te jure que ça fait de la peine.

– OK, mais quand c’est toute une foule qui se balance au même rythme, par exemple dans un grand concert rock, là, quand même ?..

– Là, tu sais ce qu’on sent ? La nostalgie des liens perdus. Une nostalgie assez épaisse. Quand tu y regardes de près, même dans les plus grands concerts rock (et bon sang, j’aime cette ambiance), eh bien derrière une écume d’excitation, la sensation réelle, individu par individu, de ce qui relie chacun au tout, cette sensation-là est vraiment faiblarde ! On a juste des milliers de petits « moi » agglutinés, qui passent un bon moment ensemble, d’accord c’est sympa, mais enfin bon… S’il en allait autrement, avec de pareilles masses de gens, t’aurais des transes carabinées, ah mais crois-moi ! (bien qu’en ce moment, dans la banlieue parisienne, se mijote chez les ados, beurs, blancs, africains, antillais, chinois, un mélange de cultures et de races comme nulle part ailleurs, qui les fait bouger de manière drôlement plus vivante, je dois l’avouer !) »

Il demeure un instant silencieux. Dehors, dans le silence de la banlieue Est, un chat huant hurle. On nous sert du thé. Et brusquement, comme si la conversation ne s’était pas arrêté une seconde, l’Africain reprend : « Mais si tu voyais ce que devient un individu de la forêt africaine quand la musique se met à tourner ! Ah mon vieux ! »

Il ouvre les bras en croix et tire la langue la plus large possible. Un geste d’écartèlement, à la fois infini et assez laid. Je fais des yeux ronds :

« Quoi ? Il s’envole ?

– Ah tu parles ! Il n’existe plus, tu veux dire ! En Afrique profonde, quand la musique se met à tourner, c’est bien simple : l’individu n’existe plus. Terminé ! Il est tout entier fondu dans ces fameux « liens » dont nous parlions, et que vous, les blancs, vous ne sentez plus. Or ça, cher ami (les yeux soudain mi-clos, guettant avec un air de grand renard sérieux), nous n’en voulons pas non plus ! Nous ne désirons pas vos mutilations d’Occidentaux, mais ce n’est certainement pas pour revenir en arrière dans l’anéantissement de la forêt ! Ah ça non ! D’ailleurs, ça serait impossible ; même en Afrique, le mouvement de modernisation est irréversible, alors…

– Alors, tu veux quoi ?

– Le lait et l’argent du lait ! » De nouveau, il rit, du rire le plus éclatant qui soit. Maintenant, je me sens moi-même pris d’une jubilation perplexe : « Tu me fais marrer : tu veux l’individualisme, mais sans la solitude, c’est ça ?

– Je veux – du moins si c’est la volonté du Très Haut – cette chose tranchante, aiguë, que vous avez affûtée à la limite de l’impossible, et qui s’appelle la lucidité, la conscience individuelle ; mais je ne veux pas pour autant perdre mes liens au monde et aux autres, ni devenir ce petit « moi » châtré et boursouflé, tout imbu de ses « droits de I’homme », qui passe devant la main tendue sans même la voir ! Cet être malade, que la vie va sérieusement mettre à l’épreuve dans les temps qui viennent, crois-moi.

– Tu réclames en somme à la fois l’état de la particule et celui de l’onde…

– Ha ha ! Voilà qui me dit quelque chose ! Ne m’as-tu pas raconté toi-même un jour que les physiciens modernes décrivaient la réalité matérielle sous ce double aspect inséparable ? !

– Oui, bon, la matière, mais imagine un peu : comment un être humain pourrait-il à la fois avoir des ailes et n’en avoir pas ? Tu veux être tout à la fois, libre de tes mouvements, indépendant de tous les autres et pris dans un cristal, en résonance avec le tout…

– Sais-tu que ça existe, ce que tu viens de décrire ?

– Quoi ?

– Cet état particulier, là, à la fois « un » comme le cristal et librement dispersé à la guise de chaque atome.

– Eh bien ?

– Cet état existe, c’est le cristal liquide ! Une substance en pleine expansion industrielle, à ce qu’on m’a dit ! (il rit). Et je me demande même s’il ne s’agirait pas d’un cristal liquide très particulier, dont nous sommes tous faits : l’eau ! D’ailleurs, tu sais, les danseurs blancs, si coupés les uns des autres, c’est peut-être ça que j’aimerais Ieur dire en premier : les gars, il faut que vous laissiez couler l’eau en vous ! Laissez couler l’eau ! Chaque cellule de votre corps est une gouttelette d’eau, laissez chacune de ces gouttelettes tomber de tout son poids. Et résonner au rythme de votre coeur. »

Le reste de la nuit ne nous a pas suffit à définir l’impression particulière que ce bout de conversation avait éveillée en nous.

Nouvelles Clés (2006)

2017-11-28T13:26:17+01:00